Zoom sur le rôle de l’EJE : Que fait-il au quotidien ?

Avant de rentrer en formation, la plupart d’entre nous cherche à avoir le plus d’explications possibles sur le rôle de l’EJE pour s’assurer que ce métier correspond aux attentes que l’on a. Pour cela, rencontrer des EJE est idéal car ils peuvent expliquer leur métier et les tâches accomplies au quotidien. De même, internet nous donne des explications. Malheureusement, sur cet plateforme, je trouve que les mots utilisés ne sont pas suffisamment expliqués ou détaillés. Cela laisse planer un flou sur le métier que j’aimerai éclaircir à travers ce blog.

Dans cet article, je vais m’appuyer sur la fiche métier disponible sur le site de la DRJSCS de la Réunion pour aborder le rôle de l’EJE au quotidien. J’approfondi les mots utilisés pour comprendre ce qu’il en ait de ce métier car ce sont des notions que j’aurai aimé que l’on m’explique avant que je rentre en formation.

1)      L’accueil de l’enfant dans sa globalité


 » Le rôle de l’éducateur de jeunes enfants est défini par la prise en charge du jeune enfant dans sa globalité en lien avec sa famille: ce qui suppose une éthique, des connaissances et des techniques spécifiques. « 


C’est après un an de formation, lors d’un stage, qu’une EJE m’a parlé de l’accueil global de l’enfant. Elle m’a dit « notre rôle, en tant qu’EJE, c’est d’accueillir l’enfant tel qu’il est, avec son environnement, sa famille, sa culture, sa langue, etc. On accueille l’enfant dans sa globalité !». Aujourd’hui, je suis étonnée d’avoir réalisé ça un an après avoir commencé la formation, alors que c’est une base du métier !

Accueillir dans sa globalité c’est accueillir l’enfant en ayant un regard élargi. Nous ne voyons pas seulement l’enfant, sa personne physique, mais également tout ce qui l’entoure.

Chaque être est unique. Par notre histoire, nos expériences, notre culture, nous ressentons et expérimentons les choses différemment. Accueillir l’enfant dans sa globalité c’est prendre en compte l’environnement dans lequel il a grandi, son histoire, ses besoins spécifiques, etc. Prendre en compte signifie également ne pas dénigrer cet environnement. Cette éthique est indispensable ! C’est un respect de l’enfant et de sa famille. Sans respect mutuel, on ne peut pas construire une relation de confiance ni garantir un accueil de qualité.

Je pense aussi que prendre en charge l’enfant dans sa globalité comprend l’idée de réfléchir à l’accueil individuel de chaque enfant dans cette collectivité.

Par exemple, imaginons qu’un enfant de 3 ans arrive un matin à la crèche en étant pas très en forme. Il semble fatigué dans la matinée et joue peu. Est-ce qu’on lui propose de se reposer ou est ce que, parce qu’il ne fait plus la sieste la matin, on le fait patienter jusqu’à l’heure de la sieste de l’après-midi ? La réponse ne peut pas être 100% blanche ou noire car chaque contexte est différent.

Sur cette situation, les connaissances théoriques me disent de coucher l’enfant car c’est ce dont il a besoin. Je sais qu’un manque de sommeil impact négativement la journée de l’enfant. Mais peut être que pour cet enfant, JUSTE CET ENFANT, je proposerai quelque chose de différent. L’accueillir dans sa globalité, cela signifie prendre en compte toutes les pièces du puzzle de sa vie et de son environnement.

2)      L’EJE porteur de projet


 » Cela entraîne, en outre, un travail en équipe, l’élaboration, la mise en œuvre, l’évaluation des projets éducatifs et sociaux et la contribution au projet d’établissement et de service. »


Avant de rentrer en formation, je savais qu’être EJE implique de travailler dans une équipe pluridisciplinaire. En réalité, même si je croyais savoir, personne ne m’avait vraiment expliqué les différences entre les formations possibles pour travailler auprès des jeunes enfants. De même, personne ne m’avait expliqué pourquoi autant de professions différentes travaillent ensemble et quels en sont les point positifs et négatifs.

Malgré des parcours, formations, expériences et personnalités différentes, ces professionnels travaillent pour un même objectif : offrir un accueil et un accompagnement de qualité aux enfants et familles fréquentant l’établissement. Pour atteindre cette qualité, il est nécessaire de s’accorder sur les pratiques et les valeurs que l’on veut défendre. Le but est de créer des repères et une continuité dans l’accompagnement de l’enfant.

Pour travailler ces questions, les équipes ont donc besoin de temps de réflexion et de communiquer. C’est pour ces raisons que des documents écrits sont exigés. Rédiger des projets et écrire ses idées, permet de s’accorder sur ce que l’on vise pour l’accueil. Chaque établissement possède ses propres projets car ils s’inscrivent dans un environnement particulier, auprès d’un public précis et sont des choix d’une équipe. C’est ce qui explique qu’un projet est sans cesse en évolution.

L’EJE, par sa mission de coordination, est généralement chargé de porter ces projets sur le terrain au quotidien, de les faire évoluer, de les travailler en équipe, de les rédiger, etc. C’est pour cela que son travail peut se diviser entre le terrain auprès des enfants et lors de temps détachés du terrain pour ces projets. (C’est bien sur une généralité, vous trouverez sur ce blog des exemples vous montrant que cela n’est pas toujours le cas).

3)      L’EJE, travailleur social spécialiste de la petite enfance


 » Le rôle de l’éducateur de jeunes enfants est défini par un positionnement particulier dans le champ du travail social : spécialiste de la petite enfance, il a pour mission d’adapter ses interventions aux différentes populations, de lutter contre les risques d’exclusion, de prévenir les inadaptations socio-médico-psychologiques. »


Cet aspect du métier n’est selon moi pas assez expliqué et valorisé alors qu’il en fonde la spécificité. Avant de rentrer en formation, j’avais beaucoup de préjugés en tête à propos du travail social. Et a vrai dire, ils se sont confirmés ! 😉 Je rigole bien sûr, certains points se sont avérés juste (parce que les clichés ont toujours une part de vrai) et d’autres ont changé ma vision des choses.

Pour moi, lorsque l’on parle de prévention pour aborder le métier d’EJE, on prend en compte cet aspect de travailleur social. Par des connaissances précises des besoins de l’enfant et une approche quotidienne du terrain, l’EJE peut repérer les difficultés rencontrées par un enfant. Il adapte ensuite ses interventions pour prévenir ou accompagner ces difficultés sur le chemin de leur résolution.

 Par exemple, cela peut concerner un enfant présentant un retard de développement. Par ses connaissances, l’EJE et l’équipe observent l’enfant chaque jour, notent ses évolutions et sont attentifs à comment ces difficultés impactent sa vie quotidienne dans l’établissement. Ils vont ensuite accompagner cet enfant au plus près de ses besoins. L’EJE accompagne les familles, les écoute et/ou les oriente vers des partenaires plus spécialisé.

 

Voici quelques exemples d’autres situations possibles. Après avoir lu chaque situation, reprenez le paragraphe ci-dessus en ayant en tête cette nouvelle situation et vous pourrez voir comment cette démarche est transposable :

 

  • l’accueil d’enfants et de familles ne maitrisant pas le français,
  • l’accueil d’enfants et de familles en situation de pauvreté,
  • l’accueil d’un enfant dont les parents sont en instance de divorce

 

Ce positionnement et cette démarche restent général mais cela s’adapte à d’autres situations du quotidien également. De même, les exemples cités ci-dessus concerne principalement l’accueil en crèche mais c’est également transposable à d’autres établissements et d’autres situations.

Globalement, ce rôle de travailleur social peut se décliner en fonction des missions confiées à l’EJE, des missions des établissements et des publics accueillis.


« Il crée un environnement permettant la construction de liens sociaux et un accompagnement de la fonction parentale. »


Dans d’autres articles, je vous ai déjà fait part de l’importance de l’accueil des enfants, mais aussi de leur famille. Je vous renvoie vers cet article pour comprendre à quel point l’accueil des familles est tout aussi indispensable que celui des enfants dans les missions de l’EJE.

Cette phrase permet d’ajouter une précision : l’EJE cherche à favoriser la construction de liens sociaux, notamment pour le public accueilli et donc les familles. Cela fait écho à son rôle de travailleur social.

A travers des projets ou des évènements, l’EJE peut favoriser la rencontre entre les familles ou entre les parents et les professionnels accueillants. Ces temps conviviaux sont souvent l’occasion de construire ou consolider la relation de confiance entre parents et professionnels. Cela permet également aux familles de se rencontrer et discuter réellement (plus que lorsqu’on se croise dans les couloirs !).

L’EJE peut travailler dans certains établissement où l’une des principales missions et de permettre la rencontre entre enfants, familles et professionnels. Je pense notamment aux centres sociaux, Lieux d’Accueils Enfants Parents et aux Relais Assistants Maternels de plus en plus ouverts aux familles.

4)      On ne peut pas travailler seul dans son coin !

 


« Pour accomplir ses missions, il est amené à développer des partenariats avec les professionnels du champ sanitaire, social et de l’éducation nationale. »


Cet aspect partenarial concerne tout un domaine de compétence étudié en formation. C’est quelque chose que je considérais, avant de rentrer en formation, comme moins important car il n’est pas le cœur du métier selon moi. Je pensais cela « optionnel ». Aujourd’hui je comprends que quelque soit l’établissement dans lequel on travail, on ne peut pas travailler de façon isolée !

Même si ce contact avec des partenaires ne semble pas toujours être au cœur du métier, on ne peut pas l’oublier ou le dénigrer. L’EJE n’est pas un super héros, ayant toutes les connaissances et les compétences du monde !! 😊

Chaque problème a sa spécificité et peut demander l’avis d’autres professionnels plus « experts ». Lorsque l’on est confronté à un problème ou que l’on ne possède pas assez de compétences pour mettre en place un projet, il est intéressant de s’appuyer sur ces partenaires. Concrètement, ce peut être par exemple des professionnels indépendant comme des psychologues, psychomotriciens, ergothérapeutes, intervenants artistiques, etc. mais aussi des institutions comme la Protection Maternelle et Infantile, les Centre d’Action Médico-Sociale Précoce, l’Aide Sociale à L’enfance, etc.


 « L’EJE a une fonction d’expertise éducative et sociale de la Petite Enfance : il est acteur des politiques sociales territoriales. Il formule et recense les besoins en modes d’accueil, développe concertation et partenariats locaux, favorise et veille à l’adéquation entre les politiques sociales et leur mise en œuvre dans l’environnement où il évolue. »


Je suis rentrée en formation sans vraiment savoir que l’EJE pouvait exercer cette mission. C’est seulement en début de deuxième année que j’ai réalisé comment l’EJE peut apporter ce regard d’expert dans les décisions des politiques locales.

Effectivement, cette partie du travail peut être moins présente au quotidien mais cela dépend du poste que l’on occupe. Voici quelques exemples précis où des EJE sont amenés à être acteur des politiques sociales du territoire. Cette liste pourrait être encore allongée mais le but et de comprendre concrètement comment cela peut se passer :

 – un responsable de crèche crée un projet social ciblé sur les besoins de la population locale et expliquant comment l’établissement peut y répondre. Pour cela, il favorise la création de partenariats entre les acteurs locaux.

Par exemple, dans une ville souhaitant développer le lien entre les générations, le responsable de la crèche peut créer un partenariat et organiser des rencontres entre les enfants accueillis et des personnes âgés accueillies en EHPAD, autrement dit, des maisons de retraite.

 – un responsable de Relais Assistants Maternels peut avoir comme mission de recenser les places d’accueils (en crèche ou chez les assistants maternels) disponibles sur le territoire.

 – un coordinateur petite enfance peut proposer la création d’autres établissements si cela correspond aux besoins des familles du territoire (multi-accueils, lieux d’accueils enfants parents, ludothèque, etc.)

 

Au début, j’ai eu du mal à comprendre comment cette mission pouvait avoir un intérêt pour l’enfant. Avec les expériences de terrain, j’ai compris que sur un territoire, les élus sont rarement sensibilisés à l’intérêt d’être attentif à la petite enfance, notamment en matière de prévention. L’EJE, à la fois spécialiste de la petite enfance et proche du terrain, peut porter cette voix, et faire évoluer les choses dans l’intérêt global des enfants.

5)      L’évolution de la formation pour s’adapter à l’évolution du métier


« Les missions qui lui sont confiées sont en constante mutation, du fait des évolutions sociales, mais aussi du fait des politiques nationales et locales qui jouent un rôle fondamental dans la mise en place des modes d’accueil Petite Enfance. »


En 1973, le métier d’Educateur de Jeunes Enfants a été créer. Depuis, ses missions n’ont cessé d’évoluer pour s’adapter aux évolutions de la société et aux nouveaux choix politiques. Le champ de la petite enfance s’oriente de plus en plus sur un aspect social.

Pour s’inscrire dans un cursus universitaire et dans la réforme des formations du travail social, le Diplôme d’Etat d’Educateur de Jeunes Enfants présente de nouvelles spécificités à partir de la promotion 2018-2021. Vous trouverez sur ce blog un autre article expliquant plus en détails ces changements 😉

Ce qu’il faut retenir :

  • L’EJE accueille et accompagne l’enfant dans sa globalité: il prend en compte tous les éléments qui l’entourent car chaque personne est un individu unique.
  • Pour que l’accueil soit cohérent autour de l’enfant, l’EJE organise des temps de réflexion d’équipe pour créer des projets en lien avec le public accueilli.
  • En tant que travailleur social spécialiste de la petite enfance, l’EJE prend en compte les difficultés rencontrées par les enfants ou leur famille et propose des pistes de réflexion pour tendre vers leur résolution. Pour cela, il favorise les rencontres entre personnes pouvant s’apporter de l’aide.
  • L’EJE ne peut pas réaliser seul ses missions, c’est pour cela qu’il crée des partenariats avec d’autres institutions pouvant l’aider dans la réalisation de ses missions.

La formation d’EJE évolue pour s’adapter aux évolutions des politiques publiques. Voici un autre article détaillant l’organisation de la formation !

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